Dans les films, il y a l'héroïne, et il y a l'amie dévouée. Vous,
vous êtes une héroïne, je vous le garantis. Mais vous vous
comportez en amie dévouée, et on vous pique la vedette.
Dans l'éventail des amours possibles, il en est un de la pire espèce. Sa cruauté est telle qu'il tue ses victimes. On l'appelle l'amour non partagé. Celui-là, je le connais, je suis experte en la matière. Dans la plupart des histoires d'amour, les sentiments sont réciproques. Et dans les autres ? Et nous alors ? Les laissés-pour-compte. Nous qui aimons sans retour, tous seuls dans notre coin. Nous sommes les victimes de l'amour à sens unique. Les oubliés dans la distribution du bonheur. Nous sommes les mal-aimés, les bancals, les handicapés du coeur, et ça ne nous donne même pas droit à des places réservées. Oui, je fais partie de ces âmes en peine. Parce que j'ai été éperdumment amoureuse de cet homme. Cet amour sans espoir a duré trois ans, et ces trois années ont été les pires de ma vie, les pires anniversaires, les pires Noëls, les soirs de nouvel an arrosés au cocktail de larmes et de Valium. Ces années ont été les plus sombres de ma vie. Tout ça parce que la fatalité a voulu que je tombe amoureuse d'un homme qui ne m'aime pas et qui ne m'aimera jamais. Dès que je l'aperçois, au secours ! Mon coeur s'emballe, ma gorge se noue. Impossible d'avaler. Enfin, tous les symptômes d'usage.
Je sais ce que c'est d'être laissé-pour-compte, de se sentir insignifiant et quasiment transparent pour l'autre. C'est une douleur nouvelle qui nous transperce alors qu'on croyait les avoir toutes connues. Accompagner des amis en soirée, changer de coiffure, faire du sport... On essaie tout ! Et quand on va se coucher, ça nous rattrape. S'il est indifférent, c'est que j'ai du commettre une faute, on revoit ce qu'il fait, ce qu'il a dit, on revit tout les yeux ouverts dans le noir. Peut-être est-ce un malentendu ? Et on relativise les faits, les preuves qui mettent en évidence que l'autre ne nous aime pas. Il arrive même qu'on veuille se convaincre que rien n'est fini, qu'il reviendra frapper à notre porte, un soir. Ça peut durer longtemps comme ça. Et enfin, un jour, on finit par partir. On rencontre des gens nouveaux. Ils nous mettent un peu de baume au coeur en nous trouvant de l'intérêt. On commence à se reconstruire, à voir les choses autrement. Et si on souffre encore au souvenir, les moments difficiles, de ces années de vie qu'on a gâchées, on se dit qu'il pourrait s'effacer.
theHoliday